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La souffrance du brin d'herbe [PV : Eru-chan]

Antoine Sabourdy
Lié à Charlie Santos
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Date d'inscription : 06/08/2018
La souffrance du brin d'herbe [PV : Eru-chan] Mar 11 Sep 2018 - 0:35

La souffrance du brin d'herbe
Dressant ses chaussettes avec une difficulté colossale, s'envelopper d'étoffes était un défi que relevaient chaque jour ses muscles. Ne voulant pas embarrasser son âme sœur, ni l'incomber de la procédure médicale liée à son handicap, Antoine jugea préférable de se vêtir sans une aide extérieure. Haletant doucettement pour ne pas réveiller la terreur siégeant sur le lit, l'ayant élu comme son domicile, le berger allemand d'à peine quelques mois, montrait déjà les crocs s'il s'approchait trop ou venait entraver son petit confort habituel. Le jeune prostitué n'était pas l'ami des animaux et pour cause, il ne pouvait conjecturer leurs ripostes ou les apaiser par des paroles réconfortantes. Chaque espèce utilisait un code qui lui était propre et dans le cadre des canidés, Antoine ne saurait dire si un regard franc était synonyme de provocation à un duel, ou une tentative de soumission.  Il avait bien eu un chien, Fripon, mais un bichon maltais, doux comme un agneau pouvait-il être comparé à une bestiole assoiffée de sang et de pouvoir ? Après tout, tel chien, tel maître.

Tâtonnant prudemment à la recherche de l'accoudoir de sa chaise véhiculée, veillant à ne pas articuler un muscle sans préambule, qui alerterait instantanément la tornade au sommeil léger, Antoine réussi, victorieux, à se glisser sur son fauteuil. Traversant la pièce dans un silence absolu, écrasant presque ses mains chétives sur les roues, afin d'amenuiser l'impact qu'elles avaient contre le sol, les stries lui laissèrent un souvenir de leurs empreintes. Charlie serait furieux s'il venait à apprendre que sa petite protégée avait été coupé d'une sieste réparatrice par un incapable dans son genre. Le garçon ne voulait pas décevoir son partenaire, alors si les règles avaient été fixées, il ferait de son maximum pour les appliquer à la lettre. Après tout, obéir sans flancher était l'une de ses plus grandes compétences et plus que tout au monde, la raison de sa venue sur l'île, sa mission première : Satisfaire Charlie, à tout prix.

Se retrouvant face à l'immensité de la taverne des denrées, la vision depuis sa station invariablement assise, divergeait totalement. Les espaces sportifs, les lieux communautaires, ainsi que les habitations de ses connaissances, demeuraient pauvres en équipements modernisés pour qu'il puisse évoluer naturellement. Seuls les transports en commun bénéficiait d'une ligne destinée aux personnes à mobilité réduite. Toutefois, la procédure pour débobiner le socle, qui permettait de l'élever jusqu'à sa région spéciale au fond du autobus, poursuivait longuement son périple et pendant ce temps, des milliers de paires d'yeux le toisaient. Par sa faute, s'accusant de toutes responsabilités, Antoine retardait tous les voyageurs. Il ne pouvait s'empêcher de courber l'échine pour leur présenter de sincères excuses. Et si un médecin arrivait bien trop tard à sa destination, parce qu'il avait fallu que le chauffeur s'occupe de le prendre comme passager ? Il n'était qu'une chewing-gun collé sous une semelle, collant et gênant.

En ouvrant la porte du frigidaire, Antoine espérait qu'Eru ne le conduirait pas au supermarché en transport en commun. À pied pour elle et en roulant pour lui, serait une option plus agréable, économique et écologique, qu'un moyen de locomotion dégageant trop de gaz dans l'atmosphère. Même Sindely devait être protégée, que ce soit le fruit d'un mirage ou non.  

Le garçon ne cessait de jeter des coups d’œil craintif à l'horloge murale. Il angoissait. Parce que Charlie était parti pour la journée sans lui dire au revoir, parce qu'il était désormais seul, enfermé entre quatre murs immaculés, parce qu'Eru avait une minute et trente-et-une seconde de retard. Allait-elle l'abandonner, elle aussi ?

Triturant le couvercle de son pot de yaourt au lait de brebis, Antoine mordilla l'extrémité de la cuillère, léchant ensuite l'intégralité du pot pour apaiser ses nerfs à vif, le plastique à cheval sur l'arête de son nez, il ne restait plus grand-chose des parois qui avait été grignotées.

Et sans savoir pourquoi,  des larmes angoissées bourlinguèrent le long de ses joues balafrées.

Elle ne viendra pas... Elle ne viendra pas... Elle ne viendra pas !


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